Missing ?

Bref journal d'une période de merde

Des noms et des situations ont été volontairement modifiés par souci de confidentialité.

Paris Fin Septembre 1997


First day
Calme plat. C’est forcé, sinon c’est l’enfer.
On va quand même pas faire un recueil de larmes de ces quelques pages.

J’ai rangé mon vélo et je suis monté chercher ton pain rassi avant qu’il ne devienne du bois. J’ai posé ton relevé de comptes apporté par la concierge sur la table. Ton trou à rat était étonnamment vide. Vide aussi de ta présence malgré tous ces objets de ton quotidien. Je ne t’ai pas retrouvée.
Faut dire que j’ai pas traîné. Je trouve un certain calme sur la corde raide. Ce genre de «repos», ça bascule vite.
Honnêtement, l’histoire d’aller jeter ton pain c’était un alibi pour voir l’ambiance qui régnait là haut. C’est mon côté malsain. Je sais que tu n’aimes pas et que tu n’arrives pas à définir ce mot.

Où es tu en ce moment ? Pour moi tu es sur la lune. Un endroit qui m’est atrocement lointain et étranger.

C’est une journée grise et je suis vraiment heureux d’avoir Momo.


Deuxième jour
Ce matin aussi j’ai grimpé les étages pour voir si du courrier ne traînait pas devant ta porte. Il y avait une lettre. Je l’ai mise sur la table. J’ai aperçu ta chemise rose pendue. Celle que j’aime bien et qui te rend si douce. Tu la portes sur la photo où tu téléphones.

Je crois bien que je me suis cloîtré dans une absence d’émotions.
Tu dirais : «Tu fais ça par défense».
Ca aussi ça te plaît pas beaucoup.

Rassure-toi, je ... pas mal et ça me ramollit l’âme.
Pas le coeur car il est protégé, c’est toi qui l’as.

Alors le soir, je fais ma musique.
C’est mon quart d’heure larmoyant.
Y’a tout qui reflue. Mélangé à la gnole et aux clopes, ça donne un état d’esprit mielleux et romantique. C’est assez ridicule.

Ma consolation, je me dis que KB fait une musique encore plus romantique que la mienne.

A propos, ça sent toujours la sardine pourrie chez toi.
J’en déduis que tu ne pues pas à distance et donc que ce n’est pas toi.

J’ai eu Fabien au téléphone. J’ai émis le souhait de l’accompagner te chercher à ton retour ce à quoi il a répondu que ça te ferait certainement plaisir, ce à quoi j’ai répondu par un ricanement.
Il m’a dit que tu lui avais touché deux mots de ma conduite sordide de la veille de ton départ.

Vous êtes chacun le confident des cacas de l’autre. Fort utile.

A qui pourrais-je raconter que tu me fais faire Couic violemment ?


Troisième jour
Ton coup de fil est tombé en plein tournage -je nous trouve infiniment plus pro- et je n’ai pas pu te dire que ton appel me rendait vraiment très chose.

Je t’ai raconté à moitié l’histoire de Momo endormi dans son café.
On a vraiment rigolé avec Marc. On a mis une demie-heure à le réveiller, la concierge nous a indiqué qu’on ne frappait pas à la bonne fenêtre dans l’arrière cour, A.... le serveur cinglé du Tabac s’est arrêté pour décrypter sur la porte du café le mot de momo ( Alex réveill réveill réveillez moi 040478892), Cousin attendait patiemment que le café ouvre pendant qu’on attendait dans la cabine téléphonique que Momo entende le téléphone...
J’avais peur qu’il soit mort.

Si tu avais vu la tête de punk de Momo quand il a tiré le rideau de fer.
Et les yeux. Des trous de bite rouges, violets, bleus et informes.

En plus il s’est pris une dizaine de clients en deux minutes, chose qui n’arrive jamais en temps normal. Marc et son humour toujours à propos a fait remarquer que c’était normal étant donné que Momo avait stocké les clients depuis une demi-heure devant la porte.

Pour couronner le tout on s’est fait engueuler par Momo qui nous a dit qu’on pouvait pas compter sur nous et que quand tu le réveillais toi La Tomate, y’avait pas de problème.

Marc s’était levé exprès pour réveiller Momo. C’est Momo qui le lui avait demandé durant la nuit. Il était venu chercher Marc en lui disant qu’il ne pouvait pas dormir dans le café car il avait vu la tête de Mouloud derrière le bar. Marc a dû aller dans le café pour lui montrer qu’il n’y avait personne. Il l’a traité d’halluciné mais en fait Mouloud était bien là car le lendemain Momo s’est fait engueulé.
Quand je suis entré dans le bar à midi, Mouloud m’a serré la main en me disant deux fois merci. J’ai pas compris.

Mais ce matin restera longtemps dans mes souvenirs. C’était vraiment très rigolo. C’est normal, Momo il est rigolo.
Et émouvant.


Après le week-end
Cette semaine commence comme toutes les autres journées. Sauf que je n’ai vraiment pas envie de travailler. J’ai traîné en chemin sur mon vélo. Rue Boissonnade j’ai parlé avec Serge qui pliait sa couverture et qui n’avait plus de clopes. Je lui en ai passé une et je lui ai donné mon briquet. Il était content que j’aie repeint mon vélo à l’antirouille et il a inspecté mes feux. Il se levait tard, il était crevé.

Je suis allé attendre Momo au carrefour de Port Royal. Lui aussi était crevé du dimanche passé à bouffer et à picoler. A la Grappe, Marc est arrivé, crevé comme tout le monde et déprimé d’aller bosser une journée de plus chez sa mère.

Tout à l’heure je monterai voir si tu as du courrier. Journée vide.
Ah si. L’expo tasse à cafés est prête. J’hésite à la poser en ton absence.


Le mardi
En arrivant à 7 heures, j’ai croisé Serge devant La Poste. Il m’a invité à prendre un café chez Momo.
Un autre clodo est venu que je n’aime pas du tout. Edouard. Un grand dégarni hyper agressif, rouge et qui se pique de culture.
Ca fait des années que je le vois dans le métro injurier tout le monde.

Il m’a pris la tête.

Serge m’a demandé quand tu revenais. Il a dit : «elle est toujours là-bas ta femme ?» Il a aussi encore dit que quand tu picolais fallait être bon pour te suivre. Le genre de réflexion qui me donne envie de claquer.

A l’heure où je tape ces mots, tu dois dormir. Si tant est que tu mènes une vie plus régulière sur ta planète Canadienne.

J’ai proposé à Fabien de le sponsoriser pour sa pâte à bite. Il n’avait pas l’air pressé. Ce n’est pas moi qui le pousserai à s’exciter. A chacun son rythme.

Je me suis fait traiter de maniaco-dépressif par Anne Sarah.
Par ailleurs un copain qui a lu mes nouvelles a parlé d’ambiance névrotique pour Taxifolia et Liza. Ca se précise. Bientôt, on saura tout sur le problème. Tu seras rassurée, rien ne vient de toi.


Mercredi
Hier, Picolo a eu l’extrême délicatesse de me demander la femme de qui tu étais. C’est venu après une de ses vannes de cul à laquelle j’ai répondu que je restais fidèle à ma femme du Canada. Il est persuadé que tu as couché avec Momo et que c’est moi qui l’ai encouragé à te sauter.

Des fois, j’ai l’impression qu’on me pète à la gueule après une grosse chiasse. Je me demande si je dois classer ce genre de réflexions dans la connerie ou la méchanceté.

L’expo café sera peut-être suivie de l’expo lunettes de mouche/Greta Garbo maquillée/Chapeaux.

Ce matin, Momo est arrivé à 8 heures. Couché trop tôt, levé trop tard. J’en ai un peu marre de cette nouvelle habitude de voir Momo tous les matins. J’ai pris mon café chez Jean qui dormait encore. Mathilde était toujours aussi passionnante avec ses «Ca va ?», la moitié du café dans l’obscurité et l’odeur infernale de Serge qui se réveillait d’une cuite.

J’ai de plus en plus l’impression que ces pages se transforment en un immonde ramassis de ragots que je ne suis plus très sûr de vouloir confier à ta lecture quand tu reviendras.

J’avais pensé écrire sur toi mais tu m’es devenue une telle abstraction que je n’ai pas beaucoup de sensations à disséquer.

Toujours pas de nouvelles de Fabien. Il doit concevoir son gode gigantesque dans la lenteur et la souffrance.


Le jour suivant
Je te passe mes beuveries sans fin.
Je suis extrêmement fatigué. Momo a dit a hier à minuit : «Tomate nous manque à tous les deux.»

Je n’ai plus la force de raconter le peu qui se passe ici.


Vendredi
J’ai trouvé devant ta porte un avis de lettre recommandée pour Fabien.
Je l’appellerai tout à l’heure.
Je croyais qu’on allait sortir ensemble un soir de la semaine mais il n’a pas appelé. C’est dommage. Maintenant, Fabien est presque devenu un souvenir qui appartient à ta période.
Je n’ai plus vraiment envie de le voir un soir.

L’absence de nouvelles de toi est dure à supporter.
J’ai oublié de te dire que je voulais des autoportraits de toi dans le cadre de ton pays. Dans ta maison, devant, dehors, etc...
J’espère que tu y auras pensé.

J’ai fait des musiques que je trouve de plus en plus noires.
Je redoute de plus en plus d’aller t’accueillir à l’aéroport.

Je prépare l’expo chapeaux.

16h05 : Fabien a appelé en fin de matinée. Il n’a pas pu m’appeler plus tôt car il avait un abcès mal placé. Ca rime, c’est ridicule et ça fait me peur. J’ai toujours peur du tocsin (dictionnaire).


Lundi
J’arrête d’écrire, j’en ai marre et je n’ai strictement plus rien à raconter.

Mercredi, j’irai t’attendre à l’aéroport mais je redoute tes réflexions.
Je devrais voir Fabien à midi aujourd’hui mais je n’en ai pas envie.


Mardi 15h14
Ton coup de fil m’a émouvu plein.
Ca m’a fait remonter la vase. Oui, tu me manques.
Mais aujourd’hui, ça ne me fait plus peur, je n’en ai plus le temps.

Le point d’interrogation placé après chaque MISSING devient caduque.

J’attends ton arrivée.